Comment le syndrome de Rett est-il entré dans votre vie ?
Antoine: Les premiers mois, tout allait bien. Puis, vers 9-12 mois, on a commencé à voir que le développement de notre fille était différent. Elle ne rampait pas, ne faisait pas de quatre-pattes et ne pointait pas du doigt.
Chloé: Je me posais déjà beaucoup de questions. Le pédiatre me disait que tout allait bien, mais je sentais qu’il y avait quelque chose. Un jour, elle a eu de la fièvre et des mouvements très étranges des yeux. Je l’ai emmenée aux urgences de Necker.
Antoine: Les médecins ont constaté un retard psychomoteur et nous ont dit qu’il fallait faire des examens complémentaires. C’est comme ça que le syndrome de Rett est entré dans nos vies, brutalement.
Comment avez-vous vécu la période avant le diagnostic?
Chloé: On est passés de « tout va bien » à « il y a peut-être une maladie grave ». C’était très violent. On nous a parlé de plusieurs maladies, sans vraiment savoir. Ensuite, on a attendu environ six mois les résultats génétiques.
Antoine: Pendant ces mois-là, on était dans un flou complet. On oscillait entre espoir et peur du pire.
Chloé: J’avais rapidement pensé au syndrome de Rett. J’avais repéré certains signes, notamment les mouvements des mains.
Antoine: Tant qu’il n’y avait pas de résultat, je me disais qu’il fallait garder espoir.
Comment avez-vous vécu l’annonce ?
Chloé: Quand on nous a annoncé que c’était bien le syndrome de Rett, ça a été très dur, mais aussi presque un soulagement. Au fond de moi, je le savais déjà.
Antoine: Pour moi, ça a été très violent. J’espérais encore qu’on nous annonce quelque chose de moins grave. Après le diagnostic, on nous a surtout parlé de tout ce que notre fille ne pourrait peut-être pas faire.
Chloé: On avait l’impression qu’il fallait faire le deuil de l’enfant en bonne santé qu’on avait imaginé. Ensuite, on nous a laissés seuls avec cette information.
Qu’est-ce qui vous a aidés après le diagnostic?
Antoine: n s’est mis à chercher partout : en France, à l’étranger, auprès des familles et des spécialistes. On voulait accompagner notre fille au mieux.
Chloé: Les échanges avec d’autres parents ont été essentiels. Ils nous ont montré qu’on pouvait construire une vie riche avec un enfant atteint du syndrome de Rett. On a découvert des thérapies, des outils de communication et des spécialistes grâce à eux.
Antoine: Aujourd’hui, on essaie à notre tour d’aider les nouvelles familles. On leur explique ce qu’on a mis en place et ce qu’il est possible d’imaginer.
Qu’est-ce qui devrait être amélioré pour les familles?
Antoine: Il faudrait qu’au moment du diagnostic, les parents aient accès à une information claire et complète sur la maladie, les thérapies et les possibilités d’accompagnement.
Chloé: Il faudrait aussi un accompagnement psychologique immédiat. Cette annonce bouleverse brutalement toute projection.
Antoine: Et surtout, il faut transmettre un message d’espoir. La maladie est grave, mais la recherche avance. Les parents doivent savoir qu’il existe des solutions pour améliorer le quotidien de leur enfant.
Comment se passe la scolarité de votre fille ?
Chloé: C’est un véritable parcours du combattant. Il faut monter les dossiers MDPH, obtenir une AESH et parfois faire des recours.
Antoine: Nous avons connu beaucoup de changements d’AESH au point de ne pas savoir si notre fille pourrait être accueillie à l’école.
Chloé: Nous avons parfois dû recruter nous-mêmes une personne pour l’accompagner. Tout demande énormément d’énergie et d’organisation.
Antoine: On a souvent l’impression de déranger ou de devoir prouver que notre enfant a sa place à l’école. Pourtant, elle a autant le droit que les autres d’y être.
Comment décririez-vous votre quotidien de parents ?
Chloé: C’est une gestion de crise permanente entre les rendez-vous médicaux, les transports, les séances de rééducation et parfois les crises d’épilepsie.
Antoine: On doit être très agiles, parce que tout peut changer au dernier moment. Une absence, un rendez-vous déplacé ou un problème de santé peut bouleverser toute la journée.
Chloé: Ce que d’autres parents trouvent compliqué sont des choses dont nous rêvons simplement.
Qui est votre fille, au-delà de la maladie ?
Antoine: C’est une petite fille très joyeuse et pleine de vie. Elle aime les sensations fortes : le ski en handiski, les manèges ou le bateau quand il va vite.
Chloé: Elle adore les histoires, la musique, le théâtre, le cinéma et les spectacles. Elle aime aussi aller au restaurant, manger de bons petits plats et surtout le chocolat.
Antoine: Elle aime qu’on s’occupe d’elle, qu’on lui raconte des choses et qu’on la stimule. Elle veut participer à la vie comme tout le monde.
Chloé: Elle est très proche de sa petite sœur, ressent beaucoup les émotions et est très attentive aux marques d’affection des autres enfants.
Comment communique-t-elle ?
Antoine: Elle utilise une tablette à commande oculaire.
Chloé: Mais la communication non verbale fonctionne très bien. On comprend quand elle est heureuse, frustrée ou qu’elle n’a pas envie de faire quelque chose.
Antoine: Ce qui est important, c’est de ne pas confondre ses difficultés motrices avec ses capacités de compréhension. Si elle ne répond pas ou ne fait pas un mouvement, cela ne veut pas dire qu’elle ne comprend pas.
Quel regard faut-il porter sur les enfants atteints du syndrome de Rett ?
Chloé: Il faut voir l’enfant avant la maladie. Ce sont des petites filles avec une personnalité, des envies et des émotions et qui comprennent tout.
Antoine: Il faut leur parler normalement. Quand on leur parle comme à des bébés, elles ne sont pas réceptives, c’est normal, cela ne veut pas dire que leurs capacités intellectuelles sont limitées.
Comment ça se passe avec les autres enfants ?
Antoine: Ses camarades sont très présents autour d’elle. Ils aiment pousser son fauteuil et l’accompagner dans les activités.
Chloé: Elle est très sensible à ces attentions. Elle a de vrais liens avec les autres enfants, et cela lui fait beaucoup de bien.
Antoine: L’inclusion est importante pour elle comme pour les autres enfants. Elle leur apprend que le handicap fait partie de la vie.
Comment vivez-vous l’espoir lié à la recherche ?
Antoine: L’espoir d’un traitement nous donne beaucoup d’énergie. On fait tout pour qu’elle bénéficie du meilleur accompagnement possible, afin qu’elle soit dans les meilleures conditions lorsqu’un traitement sera disponible.
Chloé: Même une amélioration partielle changerait énormément sa vie. Si elle pouvait parler, marcher, pointer du doigt ou manger seule, ce serait déjà immense. Au quotidien, ce qui nous fait tenir, ce sont ses sourires, son regard et toute l’énergie qu’elle dégage. C’est notre petit rayon de soleil.